Je suis favorable au photovoltaïque et nous avons besoin de produire des panneaux en France, mais pas dans ces conditions.
I Transports et aménagements
CARBON prévoit 3000 employés et la circulation d’un grand nombre de camions . Ce projet repose sur des infrastructures qui n’existent pas, et dont les réalisations ne dépendent pas de l’entreprise ( réseau ferré, plateforme MODALIS, transports en commun, routes…). Le département n’est pas prêt à recevoir un tel projet.
Avec les emplois induits on atteint 10 000 personnes. Mais où loger ces nouveaux salariés et leurs familles. Qu’en est-il des aménagements indispensables (écoles , hôpitaux, logements, services publics…) ?
Certains demandent l’accélération de projets routiers, extrêmement écocides, or d’une part il n’y a pas d’argent public à y consacrer, d’autre part les demandes de compensation (qui se comptent en centaines d’hectares) sont impossible à honorer (c’est ce qu’a dit la vice-présidente du département chargée des routes).

Avec ce projet Fos-sur-Mer subirait une aggravation des pollutions, les riverains subiraient encore davantage de nuisances et de désagréments. Il faut donc avant tout mettre en œuvre un plan ambitieux de réduction du trafic routier fondé sur le ferroviaire, le fluvial (et les pistes cyclables). En attendant sa réalisation, il n’y a a pas d’autre solution que de reporter le projet CARBON.
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II Energie
La consommation crête de Carbon en électricité (230MWh) correspond à celle de la moitié de la population du département. Etant donné l’état de tension du réseau l’hiver cela risque de poser de nombreux problèmes.
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III Impacts environnementaux
L’étude des impacts environnementaux présentée (reconnue incomplète) se limite à l’enceinte du site. Or l’implantation de CARBON ne peut être envisagée sans une adaptation des infrastructures (transport et logements) dont l’impact environnemental serait très important. Certains élus locaux (c’est le cas du maire de Martigues) demandent déjà des dérogations à l’objectif ZAN pour construire des logements. Aucune étude du cumul de ces impacts n’a été réalisée.
La possibilité et le montant des mesures de compensation sont inconnus.

Il y a pourtant d’autres emplacements possibles pour ce projet. En effet il existe sur la Métropole Aix-Marseille-Provence 250 ha de friches industrielles qui, de plus, se situent à une proximité plus raisonnable de zones d’habitat, et des réseaux de transport et d’énergie (exemple: site de LyondellBasell, à Berre l’Étang).
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IV Projet démesuré et dangerosité extrême de l’acide fluorhydrique
L’acide fluorhydrique est un liquide incolore très volatil. Son point d’ébullition est à 19,5°C. Il est prévu d’en stocker 187 tonnes sur le site.
Quand on lit les recommandations à ce sujet, on ne peut que prendre peur !

– 1) Il faut le stocker dans des locaux frais, secs et sous ventilation mécanique permanente, le tenir à l’écart de la chaleur, des surfaces chaudes, de toute source d’inflammation (étincelles, flammes nues, rayons solaires…). La température de stockage recommandée est de 15 à 25 °C.
Comment faire l’été en Provence ?

– 2) L’acide fluorhydrique réagit vivement avec l’eau. En cas d’incendie à proximité il faut utiliser les agents extincteurs appropriés.  En cas d’incendie il faut maintenir les fûts à basse température en les arrosant d’eau et combattre le feu depuis une position abritée. Moyens d’extinction inappropriés: jet d’eau à pleine puissance https://www.carlroth.com/medias/SDB-HN54-CH-FR.pdf

Les pompiers de la région (puisqu’il n’en est pas prévu sur place) devront être plus nombreux et très bien formés, qu’en est-il des financements à ce sujet ?

– 3)  L’acide fluorhydrique réagit violemment avec les bases et est corrosif sur la plupart des métaux courants, engendrant la formation d’un gaz inflammable/explosif (l’hydrogène).

– 4) Conduites à tenir en cas d’urgence :
https://www.inrs.fr/publications/bdd/fichetox/fiche.html?refINRS=FICHETOX_6§ion=recommandations
Appeler immédiatement un SAMU, faire transférer la victime par ambulance médicalisée en milieu hospitalier dans les plus brefs délais en raison du risque d’intoxication systémique et après une première décontamination sur place. Les brûlures cutanées qu’il provoque sont douloureuses ; en outre, les plaies se soignent difficilement. Bien qu’elles ne soient pas impressionnantes en apparence initialement, elles peuvent causer une toxicité systémique pouvant même entraîner un décès
Qu’en serait-il sans pompiers et sur un réseau routier saturé ?

Il faut savoir que l’acide fluorhydrique est caustique, il provoque des brûlures de la peau, des yeux, une irritation des voies respiratoires et parfois une intoxication mortelle (une contamination cutanée sur la surface d’une main peut induire une hypocalcémie sévère d’où une atteinte cardiaque). L’absorption de l’acide fluorhydrique se fait par toutes les voies. La lésion évolue vers une nécrose pouvant atteindre les muscles, les tendons ou les os. Les brûlures chimiques cutanées, oculaires et respiratoires peuvent continuer d’évoluer à bas bruit à l’arrêt de l’exposition.

C’est sans aucun doute à cause de cette dangerosité que les travaux sont interdits aux salariés en CDD et aux salariés temporaires.

– 5) Un exemple: L’accident de Gumi en Corée du Sud en 2012
https://www.aria.developpement-durable.gouv.fr/wp-content/uploads/2015/10/Flash-ARIA_HF_octobre_2015.pdf
Huit tonnes d’acide fluorhydrique ont fui, tuant 5 employés, en blessant 18 et contaminant 3000 personnes. Finalement, la ville a été évacuée.  Les terres cultivées ont été touchées sur 212 ha et plus de 3900 têtes de bétail intoxiquées ont dû être abattues. Les pertes liées à l’arrêt de 80 usines chimiques et les dommages aux installations ont été évalués à 15 millions d’Euros. L’acide a corrodé plus de 1200 véhicules. 9100 t de végétaux atteints sont brûlées.
Tout cela pour 8 tonnes !
Ce projet évoque 187 tonnes !

6) Sur un site du gouvernement ( https://www.aria.developpement-durable.gouv.fr/wp-content/uploads/2015/10/Flash-ARIA_HF_octobre_2015.pdf ) on peut lire: « Des questions à se poser pour réduire les risques liés à l’acide fluorhydrique (HF)..
– Réduire à la source: préconisation n° 1=> Minimiser les stocks d’HF sur site
– Prévenir et protéger: préconisation n° 11=> Mettre en place un périmètre de sécurité pour toute opération sur des équipements avec de l’HF (15 m), et un périmètre de protection en cas de rejet accidentel allant de de 30 m (petite fuite) à 200 m (grosse fuite).
préconisation n° 12 => Anticiper une dérive possible des vapeurs vers le voisinage en cas de fuite (moyens d’alerte, direction du vent)
La conclusion va de soi: ce projet est démesuré.

Je le répète: oui à la production de panneaux en France, mais pas dans ces conditions.

Bien cordialement

 

Nous vous remercions pour votre participation à la concertation.